SOS silure

Pecheur
1 décembre 2016

silure pecheur.comDepuis un mois, circule sur les réseaux sociaux une pétition contre le classement du silure en tant que nuisible ou plus politiquement correct en tant qu’espèce susceptible de provoquer un déséquilibre biologique…
Pétition qui commence à avoir un certain retentissement puisque des fédérations, associations de pêcheurs et marques (Pafex, Illex, Gunki, Sportex, Fox, Zebco, MC Technologie, Hearty Rise, Savage Gear, Pure Fishing, Delalande, Naskan, DAM, Navicom,) soutiennent le mouvement.

Faites entrer l’accusé !

La présence du silure dans nos eaux, ou du moins son explosion démographie, est un sujet polémique qui divise les pro et anti glane. Il est bon de rappeler que le silure est une espèce endémique car la présence de fossiles prouve sa présence sur notre territoire depuis des temps immémoriaux. Sa répartition géographique ayant évolué au cours des siècles, c’est à partir de spécimens situés dans le bassin du Danube que le silure a été ré-introduit dans les années 80 de façon irresponsable et surtout dans des milieux non adaptés : un poisson vivant en eaux libres ne doit pas être introduit dans des petits milieux clos où il n’a de fait pas sa place.

Le silure (Silurus glanis) est le plus grand poisson d’eau douce européen. Il peut atteindre une taille de 2m50 pour environ 100 kg voire plus. C’est un poisson limnophile (qui fréquente les parties calmes des rivières et fleuves ou dans les eaux stagnantes) et euryèce (il peut supporter d’importantes variations de son milieu : diminution du taux d’oxygène, forts écarts de température et variations de salinité de l’eau). La croissance du silure est rapide les premières années de sa vie (elle peut aller jusqu’à plus de 40 cm par an avant la maturité sexuelle et de 5 à 7 cm par an après la puberté). En moyenne, la longévité du silure est de 15 à 20 ans mais peut atteindre 30 ans (informations extraites de l’Etude du Silure sur la Dordogne par l’EPIDOR).

Vorace mais pas trop

A l’heure actuelle, les seules études scientifiques non commanditées par des lobbies laissent à penser que certes, notre cher moustachu est bien un super prédateur, mais au même titre que le sandre ou le brochet. La Thèse d’Aurélia Martino (pour son Doctorat à l’Université Paul Sabatier de Toulouse) conclut même que le sandre est un supra-prédateur avec une position trophique supérieure (plus en haut placé sur de l’échelle alimentaire donc plus impactant sur le milieu) que le silure. Le silure serait au même niveau de prédation que le brochet du fait de son alimentation non exclusivement ichtyophage contrairement au sandre.
Le brochet consomme en effet majoritairement des écrevisses, des poissons et quelques batraciens ; le silure quant à lui rajoute au menu consommé par le brochet, des mollusques d’eau douce (dont il est particulièrement friand : les prélèvements stomacaux en attestent) agrémenté de temps à autres de petits rongeurs et quelques volatiles car le silure est un opportuniste qui gobe ce qui lui passe sous la gueule sans être pour autant un véritable ogre dévastateur.
La ration alimentaire annuelle du silure juvénile correspond de 300 à 500% de son poids total, ration qui diminue entre 187 à 297% de son poids chez les individus matures (maturité sexuelle atteinte entre 3 et 5 ans, soit 50 à 70 cm pour un poids minimum de 2 kg). Un silure de 45kg engendre donc plus ou moins la même prédation qu’un seul grand cormoran (Phalacrocorax carboadulte (0,5 à 0,6kg de poissons par jour), volatile qui lui est protégé, même si certains pisciculteurs obtiennent des droits de tirs pour épargner leurs étangs (dans certaines régions françaises, les grands cormorans peuvent éradiquer jusqu’à 80% de la production piscicole)…

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crédit photo : Pêche du silure : comprendre la machine de prédation d’1Max2Pêche

Le bon endroit

Comme tout prédateur piscivore, il est indéniable que le silure et les poissons fourrage ne font pas bon ménage dans un milieu inapproprié de petite étendue (petits étangs ou rivières). De même, introduisez 2 belles femelles brochet et 5 petits mâles dans un plan d’eau uniquement peuplé de cyprinidés et contemplez le carnage au bout de quelques années : vous aurez des brochets gras comme des cochons ainsi que leurs rejetons et beaucoup moins de gardons à prendre au coup ! Accuserez-vous le silure de la disparition des cyprins ? Cette démonstration simpliste vaut pour tout poisson ichtyophage : brochet, sandre, black bass, aspe et bien-sûr notre coupable à moustache.
Vos amis pêcheurs, détracteurs du glane acharnés ou simples colporteurs de vindicte populaire, se délecteront en vous racontant les mésaventures de plans d’eau totalement dévastés par des silures : mais le problème vient surtout du fait que les silures n’ont rien à faire dans des plans d’eau de petite taille. Un silure doit être dans un milieu ouvert, ou du moins adapté à sa taille gargantuesque. Introduit dans un milieu adéquat, après une phase d’expansion démographique naturelle, le silure trouve sa place dans l’échelle alimentaire et s’auto-régule au fil des ans.

Là où il y a du silure il n’y a plus de sandres et de brochets ! Les défendeurs du silure vous rétorqueraient sûrement que dans les congélateurs des pêcheurs qui prélèvent leurs poissons, vous aurez sûrement plus de chance de trouver du sandre et brochet que du silure ; car le vrai désamour de certains pêcheurs vient du fait que le silure n’est pas un met de choix bien au contraire d’après les maitres-queue s’étant essayer à le cuisiner. Là encore, schématisons : prenez un étang de 5 hectares avec 100 sandres et autant de brochets en compétition alimentaire avec 5 pauvres silures mandarins… Si un brochet et un sandre terminent au congélo par semaine et que nos silure sont systématiquement graciés (car ils sont mandarins donc très décoratifs), même si nos moustachus jaunes ne se nourrissent que de Dreissène (Dreissena polymorpha) et d’écrevisses américaines (Orconectes limosus) ; mathématiquement il y aura beaucoup moins de sandres et brochets au bout de 2 ans uniquement due à la prédation humaine… 

Le seul impact négatif du silure scientifiquement constaté en milieu ouvert est sur les espèces migratoires. Le petit futé à moustache a en effet la fâcheuse habitude de patienter au pied des passes à poissons, et ce au détriment des saumons, aloses ou anguilles et c’est peut-être bien là ce qui peut le perdre…

Classé sous suite ?

Les processus actuel visant à classer nuisible le silure émanent notamment de la CONAPPED (Comité National de la Pêche Professionnelle en Eau Douce) qui s’appuie sur une étude que nous pouvons qualifier de partiale tant ses conclusions sont contradictoires avec les autres études scientifiques déjà menées. Il suffit de lire la présentation du silure sur la page de la CONAPED pour juger de ressenti des professionnels de la pêche en eau douce à l’égard du silure :

… C’est un redoutable chasseur doté d’un appétit féroce si l’on en juge les analyses de contenus stomacaux. Rongeurs, cormorans et autres oiseaux, poissons toutes espèces confondues, y compris des carpes de bel embonpoint, sont aux menus de ce glouton. Mais jamais encore les restes de corps d’enfant n’y ont été retrouvés comme pourraient le laisser croire certaines légendes du Danube. Vitesse et ruse sont ses armes de chasse. Dans un cas, il use de sa rapidité pour fondre sur ses proies à la vitesse du projectile de la catapulte. Dans un autre cas, il agite ses barbillons à la manière de tortillements de vers, laisse les imprudents s’approcher, lesquels, une fois à portée de sa gueule grande ouverte, presque aussi large que sa tête aplatie, sont aspirés avec force en plus de 10 à 30 litres d’eau !…

Le tout agrémenté de la sempiternelle vidéo youtubesque où ce sérial killer à moustache gobe goulument des pigeons en mal de balnéothérapie ! Heureusement en conclusion de ce portrait à charge, la CONAPED nous gratifie de la recette de la brochette de silure poêlée et sa petite émulsion au safran de Touraine… Car là est bien le travail de cette association corporatiste : promouvoir les produits issus de la pêche en eau douce tout en se félicitant des arrêtés préfectoraux notifiant la fin des interdictions de commercialisation et de consommation de poissons d’eau douce désormais miraculeusement  épargnées par les PCB !

Un tel parti pris est tout à fait compréhensible voir légitime. La prédation avérée et/ou fantasmée du silure peut effectivement nuire au métier de pêcheurs professionnels ; tous les poissons mangés par notre glouton de glane sont autant de poissons en moins à vendre aux poissonneries ou à valoriser en conserve. Mais le classement du silure en tant que nuisible (et donc son prélèvement et destruction automatique) ne sont pas la panacée pour relancer un filière économique en difficulté. Il est indéniable que les français mangent de moins en moins de poissons d’eau douce, leur appétence allant désormais vers les poissons marins ; le dur métier de pêcheur professionnel est effectivement en péril du fait de la difficulté à vivre de son travail mais le silure n’est en rien le seul responsable.

N’oublions pas non plus les modifications ou dégradations des biotopes qui expliquent en partie la régression de certaines espèces. Sans continuité écologique, en délaissant les aménagements que nos aïeux pratiquaient (entretien des berges et des zones immergeables servant de frayères à brochet), en installant des seuils et micro-centrales sur les rivières provoquant à terme le colmatage des fonds (sédimentation excessive due au ralentissement des débits d’eau entraînant l’envasement des fonds) certaines espèces se raréfient malgré nous. Sans parler bien-sûr des diverses pollutions agricoles et ou industrielles qui ne font qu’accentuer le problème.

Oui le silure mange bien du poisson c’est incontestable, mais sa taille de géant et son soit-disant appétit proportionnel en fait un coupable idéal contrairement à d’autres espèces réellement invasives, de tailles modestes mais plus dévastatrices. Les Gobie à tâche noire (Neogobius melanostomus), Gobie de Keissler (Neogobius kessleri), Gobie demi lune (Proterorhinus semilunaris) mais aussi les Pseudorasbora (Pseudorasbora parva) sont de véritables fléaux pour la fraie des autres poissons sans parler des poissons déjà classés susceptibles de provoquer un déséquilibre biologique comme la Perche soleil (Perca Fluviatilis) ou le Poisson chat (Ictalurus melas)
Ironie des législations : un texte de loi espagnol tente à classifier la carpe, le black bass, le brochet et la truite arc-en-ciel comme espèces invasives donc nuisibles : à méditer à l’occasion…

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Mobilisez-vous

Une telle classification doit être le fruit d’études approfondies et non orientées. Même si une corporation représentant 1500 pêcheurs professionnels et pêcheurs amateurs aux engins essaye légitimement d’influer sur l’avenir de leurs métiers (peut-être en se focalisant à tort sur un coupable idéal) ; le classement du silure impacterait directement sur la pratique des 1 559 271 pêcheurs de loisir ayant acheté une carte de pêche en 2015.

En l’état actuel des choses, faute du recul nécessaire appuyé par de nouvelles études scientifiques incontestables sur la prédation avérée du silure ; Pecheur.com milite aux cotés des fédérations, associations de pêcheurs, fabricants d’articles de pêche pour la signature de cette pétition pour que le  silure ne soit pas classé en tant qu’espèce nuisible.

Du point de vue économique et humain, un tel décret mettrait directement en péril, toute une économie basée sur la pêche sportive de loisir en eau douce et les retombées économiques qui en découlent. De nombreux emplois français (conseillers commerciaux, conseilleurs de vente, moniteurs guides de pêche diplômés d’État, hôteliers, commerçants, détaillants de proximité…), des milliers de citoyens français se verraient ainsi privés de leurs emplois par la promulgation d’un tel décret.

En attendant que les hautes instances nationales et/ou européennes actent sur le sujet, c’est aux pêcheurs de loisir de prendre en main le destin du silure, en agissant à leur niveau en signant ou non cette pétition en âme et conscience après s’être documenté auprès de sources indépendantes : ne nous contentons pas des ouïes dire et rumeurs colportées ici ou là…
C’est surtout en s’initiant ou en pratiquant la pêche de ce poisson sportif sans pareil que vous pourrez vous faire votre propre opinion sur ce nouveau camarade de jeu pour peut-être finalement l’apprécier. Aucun poisson en eau douce ne peut vous offrir autant de sensations fortes : essayez le silure aux leurres, aux appâts naturels voire en brochettes si vous êtes téméraires : c’est un poisson formidable et addictif !